Selon Jean-Pierre Louvel, le président du syndicat des patrons de clubs, plusieurs présidents se sont clairement déclarés favorables à une action commune pour protester contre la taxe à 75% envisagée par le gouvernement. Grève, le mot est lâché. Elle menace la 15e journée de Ligue 1 (week-end du 30 novembre).

Faire grève, cela implique de respecter des dispositions légales. En ces moments décisifs, nous nous proposons de les rappeler à l’UCPF. Nous les agrémentons de quelques conseils de communication. Au cas où la démarche ne rencontrerait pas la compréhension générale escomptée…

1. Tous les joueurs doivent se concerter

La contrainte légale : La décision de faire grève doit résulter d’une concertation des salariés et retranscrire une volonté commune.

Sa mise en oeuvre : L’enjeu, c’est d’empêcher 360 joueurs (20 clubs x 18 joueurs sur la feuille de match) de descendre du bus le même week-end. Pas les présidents : lesjoueurs. Ce sont bien les salariés qui peuvent décider de faire grève et non les clubs eux-mêmes. En parlant de faire grève, les clubs oublient qu’ils ne sont pas salariés de la Ligue Professionnelle de Football (LFP), mais les employeurs de joueurs qui, éventuellement, décideront de ne pas jouer… L’UCPF doit donc déjà organiser un grand rassemblement des joueurs et, au pire, obtenir l’apparence d’un consentement de leur part.

Notre proposition : Vu que les dirigeants de clubs doivent convaincre la plupart de leurs joueurs de faire grève pour défendre l’impôt qui s’appliquera à 115 d’entre eux, il ne reste qu’à promettre un salaire d’un million d’euros à ceux qui ne l’ont pas encore en cas d’annulation du projet par le gouvernement. Sinon, à quoi bon se battre pour le copain plus riche?

2. Les joueurs peuvent se décider juste avant le match

La contrainte légale : le respect du préavis

Sa mise en oeuvre : Bonne nouvelle : dans le secteur privé, pas besoin de préavis avant le début de la grève. Une fois que l’employeur est mis au courant de leur intention de faire la grève, les employés peuvent cesser le travail immédiatement.

Notre proposition : Contacter l’agent de Jérémy Toulalan afin que celui-ci formalise un prévis lu au nom de tous les joueurs. Sans cela, les joueurs resteront libres de jouer jusqu’au dernier moment.

3. Ceux qui veulent jouer en auront le droit

La contrainte légale : Les grévistes doivent respecter le travail des non-grévistes

Sa mise en oeuvre : Dans une entreprise ou un club de foot c’est pareil. Si un ou plusieurs joueurs veulent continuer à jouer, le reste du vestiaire doit l’accepter. De la même façon, un club décidant de ne pas faire grève ne saurait être pénalisé parce que son adversaire du jour a décidé de ne pas jouer en signe de protestation.

Notre proposition : Pour assurer le spectacle, la LFP peut toujours décider de faire jouer sur des demi-terrains les matches qui ne rassembleraient pas les huit joueurs nécessaires sur le plan réglementaire pour la tenue d’un match.

4. Les joueurs grévistes perdront une partie de leur salaire

La contrainte : l’employeur peut retenir sur la paye la part du salaire correspondant à la durée de la grève.

Sa mise en oeuvre : C’est du classique en football : des retenues sur salaire pour un retour de vacances trop tardif, ça n’a jamais tué un joueur brésilien. Les clubs savent y faire. En revanche, le LFP, quoique très hostile au projet de taxe à 75%, pourrait infliger aux clubs des pénalités financières pour compenser la perte de revenus liés aux droits TV des matches qui n’auraient pas lieu.

Notre proposition : Messieurs les présidents, la solution de bon sens, c’est d’envoyer les équipes B voire C en signe de protestation. Rappelez-vous, ce fut la solution pleine de sagesse retenue par Pape Diouf et José Anigo pour le match PSG-OM en 2005. Cela donnerait au public l’occasion de découvrir de nouveaux talents.

5. Prévoir le paiement du salaire des non-grévistes

La contrainte légale : l’employeur doit rémunérer les non-grévistes sauf s’il peut prouver qu’il a été dans l’impossibilité de leur donner du travail.

Sa mise en oeuvre : Si certains joueurs refusent de faire grève parce qu’ils ne se sentent pas concernés par ce combat ou parce qu’ils ont conscience de l’énormité de la situation, ils peuvent refuser de faire grève sans risquer la moindre sanction. Même chose, d’ailleurs, pour les entraîneurs. Très difficile de prouver que le président n’avait pas de travail pour le staff et l’effectif un jour de match.

Notre proposition : Les présidents doivent veiller à avoir au maximum huit non-grévistes dans leur effectif. En-deça de ce seuil règlementaire, ils auront peut-être un argument à faire valoir. Peut-être…

6. Rendre cette grève moralement recevable dans la population

La contrainte morale : ce ne sont pas les mouvements sociaux qui manquent actuellement en France. Mais le football arrivera-t-il à faire pleurer sur le sort de ses salariés millionaires ?

Sa mise en oeuvre : Voilà une belle occasion de réconcilier le milieu du foot avec les gens ! Dans cette période de crise et alors que l’équipe de France n’a jamais été aussi impopulaire, les dirigeants du foot français ne peuvent pas ignorer que les soucis financiers des clubs de foot passent au second plan dans les préoccupations des Français touchés par les fermetures d’entreprises et les plans sociaux.

Notre proposition : Multiplier les actions de com en apportant le soutien du football français aux professionnels les plus touchés par la crise comme les salariés de la filière porcine ou des télécoms en Bretagne, en obtenant leur solidarité face aux caméras de télévision. Rien de plus simple.

Le cataclysme que les présidents nous décrivent en cas d’application de la taxe à 75% devrait suffire à sensibiliser le pays. Ne plus pouvoir accéder aux huitièmes de finale de la Ligue Europa, voir partir Ayew, Brandao ou Lacazette au mercato d’hiver… Voilà des causes majeures qui, à leur simple énoncé, suffiront à dresser toutes les forces vives du pays derrière l’UCPF.