Presque la même taille, un air de famille indéniable, Rogers Aveiro, 36 ans, dont l’aieul a quitté Madère pour le Brésil en 1912, assure, arbre généalogique à l’appui, être un cousin éloigné de la star portugaise qui porte le même nom, Cristiano Ronaldo dos Santos Aveiro.
L’un est une star planétaire, parmi les joueurs les mieux payés au monde et l’état de son genou, à la veille d’un match crucial contre les Etats-Unis inquiète tout un pays. L’autre mène une vie un peu plus modeste dans une ferme de 15 hectares, à la sortie de Campinas, ville située à 100 km au nord de Sao Paulo, où hasard de l’histoire, l’équipe du Portugal a installé son camp de base durant le Mondial.
Si un monde et même un océan les séparent, une chose les unit: un même sang, assure Armando, 60 ans, le père de Rogers. “Mon arrière-arrière-grand-père, José de Aveiro et l’arrière-arrière-grand-père de Cristiano Ronaldo, Francisco de Aveiro, étaient frères“, explique celui qui a hérité de ce domaine où il cultive des plantes et des légumes et qui possède aussi une entreprise de construction.

En 1912, le grand-père d’Armando quitte l’île de Madère pour tenter l’aventure au Brésil, où il devient ouvrier agricole. La famille de Cristiano reste elle à Funchal et bien plus tard, en 1985 naît la future star, vite repérée par Manchester United.
Si “CR7” s’entraîne tous les jours à quelques kilomètres de leur ferme, les cousins brésiliens n’ont cependant encore jamais pu le rencontrer ni le contacter. “Le jour où ils distribuaient des billets pour accéder au terrain d’entraînement, je n’avais pas le temps d’y aller“, explique Rogers, moulé dans un maillot du Portugal et qui joue lui aussi au foot, mais au poste de gardien de but et qui s’avère être, selon son père, “un horrible joueur“.
Regarde-t-il les matches du cousin ? “Nous, on vit à la campagne, et ici on reçoit très mal les chaînes, donc non ce n’est pas facile“.
Ont-ils la preuve irréfutable que Cristiano est bien leur cousin ? “Regardez cet arbre généalogique, tout est vérifié“, confie Armando, le père, en montrant un document parfaitement imprimé sur lequel est aposée une photo stylisée de l’illustre parent.

A côté d’Armando se tient Lais, une cousine de 19 ans, brune, pas très grande. “On a vu des photos, elle ressemble beaucoup à la soeur de Cristiano, Catia“, certifie Rogers.
Je ne sais pas si c’est vrai, mais on me le dit“, répond la jeune fille qui “admire Cristiano parce que c’est le meilleur joueur du monde et aussi parce qu’on a le même sang“.
La famille aisée, qui possède plusieurs maisons et une belle piscine, rareté dans un pays aux énormes inégalités, n’a donc pas vraiment besoin de cette notoriété. L’histoire, “connue à Campinas par mes amis“, glisse Rodgers, vient juste d’être révélée “je ne sais pas comment“, par un média brésilien et le téléphone d’Armando sonne désormais très souvent.
Mais le vieil homme reste très accueillant et pose volontiers pour le photographe avant de révéler d’autres coïncidences troublantes. Ainsi Cristiano Ronaldo s’est-il entraîné cette semaine au stade de Ponte Preta, l’un des deux clubs de Campinas, sur un terrain où vivait la famille d’Armando dans les années 30, terrain où était construite la maison dans laquelle “est né le grand-père de Lais“.
Quant à l’hôtel où séjourne l’équipe du Portugal, le Royal Palm Plaza, c’est une société appartenant à Armando qui a fourni les matériaux pour sa construction.
Face au dilemme de posséder un passeport brésilien tout en étant portugais de coeur, qui la famille Aveiro soutient-elle pendant le Mondial ? “Si le Portugal et le Brésil se rencontrent en finale, j’aimerais que Cristiano marque mais que le Brésil gagne“, assure Rogers.

Eric Bernaudeau