Erivelton Paulo da Silva. Ce nom ne vous dit peut-être rien, mais ce joueur de 18 ans, aujourd’hui sélectionné dans sa catégorie d’âge en équipe nationale belge, a une histoire assez extraordinaire. Et pour cause, c’est l’un des rares footballeurs professionnels, peut-être même le seul, à être devenu professionnel après avoir surmonté une leucémie et un accident vasculaire cérébral (AVC).

Né à Seraing, dans la région de Liège, Erivelton a vibré dès l’enfance pour le football. Il est le neveu d’Edmilson Da Silva, ancien attaquant professionnel du FC Seraing et du Standard de Liège. Son père Edson, qui a également évolué au plus haut niveau avec Seraing, fait d’ailleurs toujours le bonheur du club d’Ivoz-Ramet en amateur. Une famille attachée au sport et à ses valeurs.

Quasiment deux ans sans jouer

C’est à 12 ans, alors qu’il aspire à intégrer un centre de formation, qu’on diagnostique à Erivelton une leucémie. Un épisode forcément très triste de la vie du jeune homme. “J’ai beaucoup pleuré, je voyais mon rêve de devenir footballeur de haut niveau se briser, nous a-t-il confié. Mais je voulais montrer qu’on pouvait toucher le haut niveau dans le foot en ayant été malade, je suis resté deux ans sans jouer, c’était quasi-mission impossible”.

L’annonce de cette maladie grave marque le début d’une odyssée solitaire et radicale. Commence alors le début des allers-retours à l’hôpital, les lourds traitements, et les effets secondaires liés à la prise de nombreux médicaments « Je suis retourné à l’école juste après le diagnostic, raconte-t-il. Les autres enfants se moquaient de moi, j’étais devenu gros et je n’avais plus de cheveux ».

Passé le choc de l’annonce, toute personne atteinte d’une maladie grave se trouve confrontée à une nécessité vitale : « se battre ». Et c’est exactement ce qu’a fait le jeune garçon. À  force de courage et d’abnégation, il est parvenu à guérir de cette leucémie. ”C’était un miracle ! Pour ce type de cancer, il faut au moins un mois de traitement complet en principe”, dit-t-il.

20 kilos perdus en un an

Pourtant, à peine remis de sa maladie, le sort s’acharne contre le jeune joueur, il est victime d’un AVC pendant sa prise de traitement. « Pendant trois jours, je ne pouvais plus bouger mes jambes, j’ai vraiment cru que tout était fini pour le foot. » se remémore Erivelton. « Je n’arrivais plus à marcher, alors je me disais que c’était impossible d’envisager à nouveau taper le ballon. J’avais une veine bouchée au niveau du cerveau. Les médecins que j’ai rencontré m’ont prévenu : ça allait être très difficile pour continuer le football à haut niveau. Je me suis accroché à mon rêve, je ne l’ai jamais lâché. J’ai perdu les kilos liés à ma prise de traitement, vingt en tout, en un an ».

À… 14 ans, après toutes ces épreuves,  Erivelton retrouve le chemin de l’entraînement avec Genk. Tout juste un an après, il est repéré par le sélectionneur des Diables Rouges qui convoque le jeune attaquant belgo-brésilien pour un tournoi U16 amical. Il marque face à l’équipe de France, ce qui lui permet de participer au championnat d’Europe U17 en Slovénie. Après deux saisons en équipes de jeunes, la roue tourne enfin, il signe son premier contrat professionnel avec Saint-Trond en deuxième division belge avant d’être transféré cet été au RC Malines au même échelon.

Depuis que tout le monde est au courant de sa condition, ses coéquipiers ainsi que le staff, sont admiratifs. Il faut dire qu’après ces épreuves, Erivelton a pris plus de recul.  « Cette maladie m’a appris que je n’avais pas le droit d’être triste ou déçu. J’arrive à présent à m’automotiver par rapport à ce que j’ai vécu. Je dois ma guérison à ma foi chrétienne et à mes parents, qui ont toujours été là pour me soutenir.» Une histoire unique qui fait aujourd’hui de lui un ambassadeur tout trouvé de la lutte contre cette maladie. Grâce à cela, il espère que les personnes dans son cas vont prendre le contrôle de leur vie et ne plus se laisser dominer par le cancer. Une vraie leçon d’humilité pour tous les joueurs.

Wissem MEBTOUL (propos recueillis par Romain Scheers)